Daisy Brown est née en 1971 dans l'élevage de Monsieur Klein Lugtebeld, alors situé à Bokelo (Hollande). Son père, un pur sang Arabe du nom de Kebir II (par Noran et Rudan) a donné plusieurs bons poneys de sport, et ceci avec toutes sortes de poulinières. La mère de Daisy Brown est Essink's Gipsy Queen, une jument New-Forest. Elle est par Mudeford No White (par Brookside David) et Prescott Winifred (par Prescott Junius). Il semble que dans sa jeunesse Daisy Brown ait produit un ou deux poulains, mais nous n'avons aucune trace d'eux. S'ils sont toujours en vie, ils doivent avoir plus de 20 ans maintenant ! Daisy Brown, bien que née alezane, est aujourd'hui toute blanche avec une multitude de petits points rouge (grise truitée), en hollandais, nous appelons cela " Gris mouche ", car on dirait plein de petites mouches posées sur elle.
Après quelques années, Daisy Brown fut vendue comme poney de sport, car elle semblait être fortement prédisposée pour l'obstacle. Rudy Elders fut le premier à la monter. Plus tard, elle passa sous la selle de Stephan Scheich, puis encore après, sous celle de son frère Roy Scheich. Celui-ci a aujourd'hui a 31 ans, et il est toujours cavalier d'obstacle.
Roy monta Daisy Brown lors des Championnats d'Europe de Söder en 1984 et finit à la 5ème place du classement individuel. Alors que cela faisait juste trois mois qu'il montait la jument ! Ils étaient coachés par Dick Wieken.
Selon Roy, Daisy n'était, et n'est d'ailleurs toujours pas (à 28 ans) une jument facile. En effet, au box, elle s'approche de vous avec les oreilles en arrière, l'air de dire " souviens toi qui est le chef ici ". Mais si vous lui montrer du respect, elle en fera de même ; alors vous ne risquerez ni morsure ni coup. Lors des concours, elle était généralement nerveuse, consciente de la performance à produire et de ce que l'on attendait d'elle. Parfois, elle s'impatientait lors de l'attente avant l'entrée en piste. Mais lorsque le ou la cavalière restait calme et la laissait faire son travail, elle pouvait sauter tous les parcours et bien souvent gagner !
Roy aurait aussi voulu la sortir en concours complet, mais elle n'était pas aussi bonne en dressage, alors il n'essaya pas.
Le modèle de Daisy n'était ce que l'on appelle communément une beauté. Elle avait plutôt un dos droit et un port de tête haut : on peut trouver ici une des raisons de sa prédisposition pour l'obstacle. Ses cavaliers ont tellement dû agir sur les rênes pour essayer de la contrôler que son encolure offrait un contraste entre une ligne du dessous qui était très musclées et une ligne du dessus qui ne l'était pas. Ceci explique pourquoi il n'était pas facile de la laisser s'étendre sur son mors, comme les juges de dressage aiment le voir.
Des italiens ont bien essayés d'acheter Daisy Brown lors des Championnats de Söder, mais malgré tout l'argent qui leur fut proposé, les Scheich ne voulèrent pas la vendre. Il le firent seulement lorsque Roy fut trop grand en Janvier 1986. Elle devint alors la monture d'une jeune hollandaise du nom de Simone Meulman.
Simone commença l'équitation lorsqu'elle avait 6 ans, et fut entraîner durant 7 ans par le cavalier de CSO Peter Diks. Il décida d'emmener sa cavalière au top niveau en seulement un an. En 1986, Simone, qui n'avait que 13 ans, participa aux Championnats d'Europe de San Remo et devint Championne, sur le parcours très difficile dessiné par Fausto Tavazzani (Italie). Seulement quatre des trente concurrents finirent leur premier tour sans faute : Diana Muskantor et Super Trouper (pour la Suède), Robert Eskilsson et Supertramp (de nouveau pour la Suède), Angela Bell et Golden Autumn (pour la Grande-Bretagne) et Simone Meulman sur Daisy Brown (pour les Pays-Bas). Dans le second tour, Angela fit 12 points, Diana, 4. Seuls Simone et Robert partirent sur le barrage afin de se départager pour la 1ère et la 2nde place. Simone s'élança la première, mais fit une barre ; puis se fut le tour de Robert qui signa 8 points.
Peter Diks avait appris à Simone comment gérer sa nervosité et rester calme. Il avait coutume de lui dire : " Quand un boulanger commence à faire son pain, il n'est pas nerveux car c'est son boulot. Et toi ton boulot c'est de monter à poney, alors fait le juste comme ça. "
Un an plus tard, en 1987, Daisy Brown passa chez une nouvelle cavalière : Joyce Noppen (qui d'ailleurs est toujours cavalière de saut d'obstacles). Les débuts furent difficiles ; elles ne s'accordaient guère. Mais plus tard dans la saison, sur 31 concours, elles en avaient gagnés 24 dont le Championnat NKB, qui est la plus grosse épreuve qu'un poney puisse gagner au niveau national.
Puis elle passa un court moment dans les écuries de Cynthia Postman puis fut vendue en Finlande, où, sous la selle d'une cavalière nommée Tuuli Taskinen, elle fut deux fois Championne de Finlande, mais manqua le rendez-vous des Championnats d'Europe de Millstreet en 1989. Daisy Brown s'arrêtait trop souvent.
Après ça, la jument alla au Haras de Zangersheide (chez Léon Melchior) pour être montée par Karen Korompis, la fille du responsable des écuries, Alex Korompis. Avec Karen, elles remportèrent plusieurs concours avant que la jument soit blessée à un tendon en décembre 1991 ; c'est alors que je l'achetai, pour la faire pouliner. Elle avait près de 22 ans !
Je la mis dans un paddock avec des poneys Islandais, lui laissai prendre son poil d'hiver (elle disposait pour s'abriter d'une petite cabane mais n'y allait jamais), et lui permis de devenir un " vrai poney " avec une vraie vie sociale, elle qui n'avait vécu que dans des écuries ; car même à Zangersheide, elle n'allait dans un prè que quelques heures par jour. J'essayai de la faire saillir par Prins Abdullah Nomar (par Abdullah, Ar), mais elle resta vide, comme si elle était sale à l'intérieur ; et ceci en dépit de ce que tout ce que mon vétérinaire avait tenté. C'est alors que j'en parlai à Wim Versteeg, qui décida de l'acheter pour essayer à son tour. Je lui amenai la jument en janvier 1993, et il la fit saillir par Krimh (Ar), quasiment tout de suite. En 1994, naquit un mâle alezan Kanshebber ; son nom veut dire " avoir de la chance ".
Il a été vendu à Ina Majoor, la propriétaire de son père, qui l'éleva dans le but de le présenter à la sélection des étalons. Après Kanshebber, Daisy attendit un an avant d'essayer de pouliner à nouveau. Wim Versteeg la confia alors à Adri Van Esch, qui est l'éleveur et le propriétaire des étalons Idzard et Ismar, tout deux fils d'Ismaël (Ar). Van Esch est très connu comme éleveur de poneys de sport. Il laissa Daisy dans un pré avec Ismar et attendit...Le 9 septembre 1996, Simply The Best, une jument alezane est née.
Simply The Best rejoignit l'élevage de Wim Versteeg après son sevrage.
En 1998, Kanshebber fut agrée étalon. Wim Versteeg pensa : " c'est maintenant ou jamais " et fit saillir la jeune pouliche de 2 ans par son frère utérin, qui montrait une excellente aptitude à l'obstacle. Il suffit d'un saut pour que la pouliche soit pleine.
Kanshebber sortait déjà en CSO série Z, la plus difficile pour un poney de 4 ans avec la sœur de sa propriétaire ; il commença la série Z des 5 ans, avec sa seconde cavalière âgée de 13 ans.
Au printemps 99, Simply eut un mâle de Kanshebber qui fut nommé Kwalitet (ce qui veut dire Qualités). Il fut présenté au concours d'élevage du NRPS à Utrecht où il gagna sa classe et obtint le titre de premier premium qui le qualifia pour le national femelles et foals d'Ermelo qui s'est déroulé le 14 Août. Mais il n'y fut pas présenté. Il fut en effet vendu tout comme son père à Ina Majoor, qui désire le préparer pour la sélection des étalons.
Après la naissance de Kwalitet, Simply fut saillie (et là encore une seule fois suffit) par King Kadanz, qui possède aussi les gènes " sauteur " de Kebir II dans ses veines grâce à son père Kenaf.
Mais laissons Vim Versteeg nous expliquer sa façon d'aborder l'élevage de poneys de sport : " Tenter d'élever de très bon poneys de CSO en mêlant ensemble les meilleurs gènes de sauteur ". Et il pense qu'aux Pays-Bas Kébir II et le meilleur pour ça. Il n'a pas peur de faire saillir une jument de 2 ans. " Il faut les nourrir correctement et voir si elles ont assez de réserve pour subvenir à leurs besoins et à celui des poulains. Alors il n'y aura pas de problème, et leur croissance se déroulera correctement. Vous ne pouvez pas voir par son modèle que Simply a eu son premier poulain à 2 ans. J'admets que sa conformation n'est pas vraiment ce qu'un jury du NRPS aime voir. Mais ce n'est pas à cause d'une mauvaise croissance. Elle ressemble beaucoup à sa mère, et encore plus encore à son grand-père Kébir II. La même encolure, le même dos. Bâtie comme un vrai poney de sport. Je pense que l'on peut l'améliorer par un travail adapté. Vous pouvez les aider à développer les muscles qu'ils ont, mais il ne faut pas les faire concourir lorsqu'ils sont jeunes. Simply a aussi été présentée en concours d'élevage avec son foal Kwalitet. Mais elle fut seulement deuxième premium, et ne fut pas conviée au national. Mais elle excelle aussi bien par son caractère que par sa manière de se déplacer, tout comme Daisy Brown. Le caractère est primordiale : nous élevons des poneys pour que des enfants les montent. Ils doivent être capables de travailler, et il est absolument nécessaire qu'ils aiment travailler avec un cavalier. Si un poney montre trop de la rétivité ou ne veut pas travailler du tout, un enfant ne pourra pas s'en sortir. Et lorsqu'un poney n'a pas un modèle conforme, ce qui induit une incapacité à travailler, cela ne rime à rien d'essayer d'en faire un poney de sport. Simply a transmis sa manière de se déplacer et ses qualités de " bonne monture " à son fils Kwalitet ; mais il semble avoir un modèle beaucoup plus joli. Nous le verrons, lorsqu'il aura grandit, et qu'il sera présenté à la sélection des étalons en Novembre 2001... ".
Vim Versteeg est devenu le Président du Stud Book NRPS en 1991. Quatre ans avant, il avait été nommé directeur du bureau des questions techniques d'élevage du NRPS, mais il travaillait également pour une société d'assurance pour chevaux. Depuis 1991, il cumule les 2 fonctions au sein du NRPS et a abandonné l'assurance. Il coordonne le programme d'élevage du NRPS et il participe au jugement des concours de modèle. Il les organise et les supervise la plupart du temps, non seulement pour les juments et les poulains mais aussi pour les étalons.
Wim Versteeg a 42 ans, il est marié à Wilma Stege, et ils ont un fils. Ils habitent à Barnevel, au milieu des Pays-Bas où ils ont une petite ferme dédiée à l'élevage de chevaux. Vim est également cavalier de concours. Il élève plus particulièrement des chevaux de CSO : il a fait naître par exemple l'étalon Avontuur stationné en Belgique. Daisy Brown a été sa première poulinière ponette, et c'est avec elle qu'il a commencé d'élever des poneys de sport...
Sandra Nieuwendijk
(traduit de l'anglais par Guillaume Levesque) |